Qinomic : l’entreprise qui veut bâtir une nouvelle industrie automobile sans fabriquer de voitures neuves

Usine qinomic

C’est chez Qinomic, à Venelles (13), que nous sommes allés à la rencontre d’une entreprise à contre-courant de l’histoire automobile. Plutôt que produire de nouveaux véhicules électriques, elle transforme des utilitaires diesel existants en modèles zéro émission. Derrière ce rétrofit utilitaire proposé par Qinomic se dessine une ambition plus vaste : faire émerger une filière industrielle fondée sur la seconde vie des véhicules et l’économie circulaire.

Dans l’imaginaire collectif, la transition vers l’électrique passe par une image simple : des usines géantes, des batteries neuves et des chaînes d’assemblage tournant à plein régime. Chez Qinomic, le récit est tout autre.

Dans les ateliers de l’entreprise, les véhicules qui arrivent ont déjà vécu. Certains affichent plus de 200 000 kilomètres. D’autres ont passé leur existence sur des chantiers ou dans des environnements difficiles. Ici, personne ne fabrique de voitures neuves. On démonte des utilitaires diesel pour leur offrir une nouvelle vie électrique.

L’idée est née du parcours de Frédéric Strady, directeur général de Qinomic. Après douze années chez PSA puis deux décennies dans l’ingénierie automobile, il observe les bouleversements qui traversent le secteur.

« Je crois que l’automobile vit une révolution, une triple révolution même, comme on en vit une fois tous les 100 ans »,

Pour lui, trois phénomènes convergent : l’évolution des usages, la rupture technologique liée à l’électrification et la pression réglementaire. De cette analyse naît une conviction : la valeur automobile de demain ne se trouvera plus uniquement dans les véhicules neufs.

Frederic strad

« L’axe de travail de Qinomic est la mobilité durable, zéro émission, tout en redonnant de la valeur à un objet dans ses différents cycles de vie », résume-t-il.

Cette philosophie est devenue l’ADN de l’entreprise, qui revendique ouvertement son ambition de faire de l’upcycling automobile une alternative industrielle crédible.

Création2021
SiègeVenelles, Bouches-du-Rhône (13)
EffectifUne cinquantaine de personnes
Directeur généralFrédéric Strady
Partenaire constructeurStellantis, depuis 2022
Partenaire industrielGruau, à Laval (53)
Capacité de la ligneJusqu’à 50 véhicules/mois sur une équipe
Réduction de CO₂ annoncéeJusqu’à 56 % vs véhicule électrique neuf (données ADEME 2021)
Clients référentsEnedis, La Poste/Véhiposte, Engie, NGE, collectivités

Du rétrofit de collection au rétrofit utilitaire par Qinomic

Le rétrofit électrique a longtemps été associé aux véhicules anciens et aux voitures de collection. Frédéric Strady a lui-même découvert cet univers par ce biais. « Le rétrofit au départ, c’était des voitures de collection qu’on électrifiait », raconte-t-il. Mais l’ingénieur comprend vite que le véritable potentiel économique se situe ailleurs, du côté industriel et de l’utilitaire en particulier.

Son raisonnement est simple. Les batteries représentent près de 60 % du coût d’une conversion. Sans partenariat avec un constructeur capable de fournir des composants à l’échelle industrielle, le modèle économique paraît difficilement viable. Reste à identifier le bon marché.

La réponse s’impose progressivement : les véhicules utilitaires. Ils roulent beaucoup, sont directement concernés par les restrictions des zones à faibles émissions et constituent surtout un actif économique pour leurs propriétaires. Un artisan, une collectivité ou un opérateur de maintenance investit souvent plusieurs milliers d’euros dans l’aménagement d’un fourgon. Changer de véhicule implique alors de remplacer aussi les équipements embarqués.

« Plus le véhicule est aménagé, avec des modifications importantes, plus cela reste avantageux de le convertir plutôt que d’aller acheter un autre véhicule »

Richard meyer qinomic - qinomic : l'entreprise qui veut bâtir une nouvelle industrie automobile sans fabriquer de voitures neuves

souligne Richard Meyer, responsable de la stratégie, du support business et du développement international chez Qinomic.

Le rétrofit permet de conserver la carrosserie, les aménagements et l’historique du véhicule tout en remplaçant intégralement sa chaîne de traction.

Comment Qinomic a convaincu Stellantis

Le projet aurait pu rester une belle idée d’ingénieurs sans le soutien d’un constructeur. Lorsque Frédéric Strady approche Stellantis, le terrain est loin d’être favorable. « Ils avaient déjà fait des études préliminaires et avaient refermé le dossier en disant : ça ne marche pas », se souvient-il. Le dirigeant insiste pour réaliser un démonstrateur. Quelques mois plus tard, le prototype sur base Stellantis (et fourni par Stellantis) est présenté au constructeur. « Quand ils ont vu la voiture, ils ont dit : bon, OK, c’est bon, on est convaincus », relate-t-il.

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C’est en 2022 que l’entreprise signe un partenariat stratégique avec Stellantis pour développer les solutions de rétrofit Qinomic pour l’utilitaire léger à l’échelle européenne. La validation est autant technique qu’industrielle. Les batteries sont désormais fournies par Stellantis, et les véhicules convertis doivent répondre à des niveaux d’exigence comparables à ceux d’un véhicule de série. Les équipes doivent notamment démontrer que les transformations n’altèrent ni la sécurité ni la rigidité structurelle. Le soutien du constructeur s’avère aussi décisif sur le plan réglementaire.

« Sans le soutien des constructeurs, ce n’est pas impossible, mais financièrement très compliqué », reconnaît Olivier Sellier, responsable projets rétrofit véhicule utilitaire chez Qinomic. Le cœur de la R&D ? Il le détaille : « C’est tout l’intersystème, soit la liaison entre une architecture de voiture qui n’est pas conçue pour ça — on rappelle que c’est une voiture thermique — et une chaîne de traction électrique qui ne dialogue pas de la même manière. Chez Qinomic, on réalise toute la partie inter-système. Puis on adapte la batterie à la caisse, avant de valider le tout par des essais. »

À Laval, le rétrofit devient une activité industrielle

La deuxième étape consiste à sortir du laboratoire. Les premiers véhicules sont développés dans les ateliers techniques de Venelles. Une fois les solutions validées, direction Laval, en Mayenne, où Qinomic s’est associé au groupe Gruau, leader européen de la carrosserie industrielle sur utilitaires. Le partenariat offre à la jeune société un environnement industriel déjà structuré tout en lui laissant la maîtrise de sa technologie. Nous avons consacré un reportage complet à l’industrialisation de la solution avec Gruau sur le site lavallois.

Guillaume Carnoli, directeur industriel de Qinomic, résume sa mission : « Passer du monde du prototype et des études au monde industriel, où l’on va fabriquer en série des utilitaires et les transformer de manière répétable, fiable et à un coût maîtrisé. » Le défi est réel : contrairement à un constructeur qui assemble des pièces neuves, Qinomic travaille sur des véhicules d’occasion dont l’état varie à chaque arrivée.

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Avant toute transformation, chaque véhicule fait l’objet d’une inspection approfondie. « La spécificité que nous avons, c’est que nous intervenons sur un véhicule d’occasion, donc à géométrie variable », explique Richard Meyer. « Le tout premier chapitre, ce sont les 123 points de contrôle. » Une fois l’inspection validée et certifiée, l’utilitaire entre sur une ligne dédiée où il est démonté, modifié, réassemblé puis testé. Cette ligne a été dimensionnée pour atteindre cinquante véhicules par mois sur une équipe.

« Ce qui est vraiment intéressant, c’est cette vision industrielle du rétrofit, et tout ce que nous avons mis en place pour rendre le modèle scalable », ajoute Guillaume Carnoli. Autrement dit : faire du rétrofit une industrie, pas une activité artisanale.

Une autre lecture de la transition énergétique

L’ambition de Qinomic dépasse la conversion de quelques milliers d’utilitaires. Pendant un siècle, la création de valeur du secteur a reposé sur la production et la vente de véhicules neufs. Le rétrofit introduit une logique différente : créer de la valeur en prolongeant l’existence d’actifs déjà produits. Selon les données de l’ADEME mises en avant par l’entreprise, le rétrofit réduirait jusqu’à 56 % les émissions de CO₂ par rapport à l’acquisition d’un véhicule électrique neuf.

Les composants thermiques retirés rejoignent par ailleurs les filières de réemploi et de recyclage, tandis que la majeure partie du véhicule poursuit sa vie sous une nouvelle forme. « C’est un autre élément dans la vertu RSE », explique Richard Meyer. « Les composants thermiques que nous retirons du véhicule, nous les envoyons dans les circuits d’économie circulaire. Donc on fait du remanufacturing, du réemploi. On travaille avec les constructeurs qui ont des organisations industrielles pour traiter ces composants. Cela les intéresse aussi, parce que ça permet de nourrir leurs installations. »

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Cette approche séduit progressivement industriels, collectivités et gestionnaires de flotte confrontés au même dilemme : respecter les contraintes environnementales sans immobiliser des investissements massifs dans le renouvellement complet de leurs parcs. C’est aussi ce qui a conduit La Poste et Véhiposte à choisir le rétrofit pour une partie de leur flotte.

Réindustrialiser plutôt que remplacer

Dans l’histoire de l’automobile, la révolution électrique est souvent présentée comme une rupture. Qinomic défend au contraire une forme de continuité. L’entreprise ne cherche pas à remplacer l’industrie automobile existante ; elle tente d’en inventer un prolongement.

À Laval, les véhicules diesel arrivent en fin de premier cycle. Quelques semaines plus tard, ils repartent électrifiés, homologués et prêts à reprendre la route. Entre les deux, de nouveaux métiers apparaissent : ingénieurs d’intégration, spécialistes de l’électronique embarquée, opérateurs de conversion, experts de l’économie circulaire. La maturité de cette filière commence d’ailleurs à être reconnue : le Citroën Jumpy rétrofité par Qinomic a décroché la 3ᵉ place aux Trophées de l’Argus 2026, une première pour un véhicule converti.

Retrofitqinomic3d - qinomic : l'entreprise qui veut bâtir une nouvelle industrie automobile sans fabriquer de voitures neuves

C’est peut-être là que se situe le vrai pari de Qinomic. Non pas dans la transformation d’un moteur diesel en moteur électrique, mais dans la démonstration qu’une industrie peut continuer à créer de la valeur sans produire davantage d’objets. Dans un secteur obsédé depuis plus d’un siècle par le neuf, l’idée paraît presque subversive. C’est précisément ce qui la rend intéressante.

FAQ

Qu’est-ce que le rétrofit électrique d’un utilitaire via Qinomic?

C’est le remplacement du moteur thermique d’un véhicule existant par une chaîne de traction 100 % électrique, sans toucher à la carrosserie ni aux aménagements. Le véhicule conserve sa structure d’origine, obtient une nouvelle carte grise électrique et une vignette Crit’Air 0.

Le rétrofit est-il vraiment plus écologique que l’achat d’un utilitaire électrique neuf ?

Selon l’étude ADEME de 2021 mise en avant par la filière, convertir un véhicule existant évite les émissions liées à la fabrication d’un véhicule neuf et permet une réduction de CO₂ pouvant atteindre 56 % par rapport à l’achat d’un modèle électrique neuf, selon les cibles et les hypothèses retenues.

Quels utilitaires Qinomic peut-il rétrofiter ?

L’offre couvre d’abord les fourgons moyens du groupe Stellantis (Citroën Jumpy, Peugeot Expert, Opel Vivaro, Fiat Scudo), avec une extension à la base Renault Trafic et des débouchés métiers comme l’ambulance rétrofitée.

Combien de temps dure la conversion d’un véhicule ?

La transformation mécanique est dimensionnée pour rester rapide, autour d’un mois d’immobilisation. La ligne de Laval vise une capacité de cinquante véhicules par mois sur une équipe.

Le rétrofit permet-il de rouler dans les ZFE ?

Oui. Un utilitaire rétrofité devient un véhicule électrique, classé Crit’Air 0, et peut donc circuler dans les zones à faibles émissions sans restriction liée à la motorisation.

Pourquoi Stellantis soutient-il le rétrofit de Qinomic ?

Le constructeur fournit les batteries et plus de 200 composants d’origine, encadre la conformité technique et réglementaire, et alimente ses propres filières d’économie circulaire avec les composants thermiques déposés. Le rétrofit prolonge la relation client et complète sa gamme zéro émission.

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