Si votre utilitaire vous donne satisfaction mais que son moteur fatigue, il est désormais possible de le convertir à l’électrique. C’est la promesse du français Qinomic, avec des Citroën Jumpy et des Renault Trafic rétrofités. Nous avons pris le volant des deux pour cet essai rétrofit électrique Qinomic.
À l’occasion d’un précédent reportage, un artisan menuisier nous racontait comment l’achat d’un utilitaire électrique avait changé ses interventions parisiennes : fini les amendes de stationnement, fini la facture de gazole qui grimpe. Des économies immédiates, malgré un prix d’achat du neuf qui reste dissuasif.
Entre conserver son fourgon thermique et investir dans un VUL électrique neuf, une voie intermédiaire existe, encore peu connue des professionnels : le rétrofit, ou conversion. Le procédé, qui a d’abord concerné des véhicules particuliers des années 70-80, prend de l’ampleur sur l’utilitaire léger, porté notamment par Qinomic, dont le siège est installé à Venelles, dans les Bouches-du-Rhône.
Le rétrofit électrique d’un utilitaire, c’est quoi exactement ?
Le rétrofit électrique consiste à remplacer le moteur thermique, le réservoir et une partie des organes mécaniques d’un véhicule par une motorisation électrique et sa batterie. On transforme donc une camionnette ou un fourgon diesel en véhicule électrique, sans changer la base. L’opération est encadrée, réservée à des professionnels habilités, et débouche sur une réhomologation. Ce procédé a d’ailleurs été pblébicitié aux derniers trophées de l’Argus. Pour l’utilitaire, elle concerne les véhicules de catégorie N, conçus pour le transport de marchandises.
L’intérêt : prolonger la vie du véhicule, réduire les émissions et les coûts d’usage, avec un entretien souvent plus simple qu’en thermique. C’est une alternative à l’achat d’un électrique neuf, moins coûteuse qu’un remplacement complet, même si l’addition reste conséquente. À la clé, une vignette Crit’Air 0 qui ouvre l’accès aux ZFE.
Renault Trafic rétrofité par Qinomic : la primeur d’une homologation toute fraîche
Lors de notre visite, Qinomic nous a confié les deux modèles phares du programme QI-TECH : le Citroën Jumpy et le Renault Trafic. Ce dernier est intéressant à plus d’un titre, puisque Qinomic vient tout juste d’en obtenir l’homologation au terme d’un long développement. La rédaction de MyUtilitaire est la première à en avoir pris le volant.
Pour mémoire, le Renault Trafic de génération actuelle est lancé en 2014, et il faut attendre 2023 pour sa déclinaison E-Tech électrique et présenté à Solutrans 2025. Qinomic nous a donc remis un ancien diesel passablement kilométré, converti à l’électrique.
La logique de Qinomic est de reprendre intégralement les solutions techniques du constructeur, Renault en l’occurrence, qui fournit moteur, batterie et transmission. Qinomic se charge de toutes les autres modifications, et elles sont nombreuses.


Sous le capot, on retrouve donc un bloc bien connu : le moteur de 122 ch et 245 Nm issu de la série, associé à la batterie de 52 kWh. Des valeurs modestes, mais qui vont bien au Trafic, avec de bonnes accélérations et reprises, à condition d’éviter l’autoroute puisque la vitesse de pointe est plafonnée à 110 km/h. La greffe est réussie, même si la commande de boîte se montre rétive à coulisser pour passer de Drive (D) à Rear (R). De futurs réglages devraient corriger ce point.
Côté consommation, sur un parcours vallonné et peu représentatif entre Venelles et Le Puy-Sainte-Réparade, le Trafic a consommé environ 29 kWh/100 km, soit une autonomie d’environ 180 km. Sur un trajet mixte, on peut viser 23 kWh/100 km, pour 220 à 230 km. Renault annonce de son côté 297 km WLTP en série. Le Trafic électrique n’est donc pas un grand rouleur, et son amortissement ferme est d’autant plus marqué sur un exemplaire très kilométré. En revanche, on apprécie la précision de la direction et le comportement rigoureux, même sur les routes sinueuses du Var. La recharge se fait en AC 22 kW de série (15 à 80 % en 1 h 25), la charge rapide DC arrivant ultérieurement.

Selon Qinomic, la transformation revient à moins de 20 000 euros HT après déduction des aides gouvernementales et régionales. Elle est garantie 2 ans sur les composants modifiés par Qinomic, dont la chaîne de traction, la batterie étant couverte 8 ans ou 160 000 km.
| Fiche technique | Renault Trafic QI-TECH |
| Moteur | 90 kW (122 ch) |
| Couple | 245 Nm |
| Batterie | 52 kWh |
| Autonomie WLTP | 297 km |
| Autonomie mesurée | 180 à 230 km |
| Consommation mesurée | 26 kWh/100 km |
| Recharge | AC 22 kW de série (15-80 % en 1 h 25), DC à venir |
| Vitesse maxi | 110 km/h |
| Garantie | 2 ans composants Qinomic, 8 ans/160 000 km batterie |
| Prix | moins de 20 000 € HT après aides (source Qinomic) |
Citroën Jumpy par Qinomic : le pionnier né de l’accord Stellantis
Si le Trafic occupe le devant de la scène, les Citroën Jumpy et leurs cousins sont le fruit de l’accord initial entre Stellantis et Qinomic, qui a mis le pied à l’étrier de la PME, aujourd’hui forte de 50 salariés.
Comme chez Renault, Qinomic convertit cet utilitaire commercialisé depuis 2016, notamment en diesel. Avant de valider un exemplaire, Qinomic le soumet à un banc d’essai pour vérifier la solidité des trains roulants, puis donne, ou non, son feu vert au rétrofit. On retrouve ici un moteur électrique de 136 ch et 260 Nm, conforme à la série, obligatoirement associé à la grande batterie de 75 kWh qui offre une autonomie plus confortable que celle du Trafic.

Sur notre boucle entre Venelles et Ansouis, la moyenne s’est établie à 26 kWh/100 km, soit un rayon d’action d’environ 280 km en exploitant bien la mécanique. À noter que la régénération au freinage ne fonctionne que selon une seule loi. Côté recharge, du très classique avec une récupération de 20 à 80 % en DC en 36 minutes. Qinomic annonce 330 km WLTP pour cette base.


Sur la route, les différences avec un Jumpy électrique de série sont presque imperceptibles. Les performances sont bonnes, mais le poids impose de passer en mode Normal, voire Sport, pour les dépassements. Face au Trafic, le Jumpy souffre d’une direction plus légère et moins précise, mais son amortissement est sensiblement mieux maîtrisé.

Avec sa batterie plus généreuse, la conversion sur base Citroën est estimée entre 20 et 25 000 euros HT après aides, toujours selon Qinomic.
| Fiche technique | Citroën Jumpy QI-TECH |
| Moteur | 100 kW (136 ch) |
| Couple | 260 Nm |
| Batterie | 75 kWh |
| Autonomie WLTP | 330 km |
| Autonomie mesurée | environ 280 km |
| Consommation mesurée | 26 kWh/100 km |
| Recharge | DC 20-80 % en 36 min |
| Régénération | une seule loi |
| Garantie | 8 ans/160 000 km batterie |
| Prix | 20 à 25 000 € HT après aides (source Qinomic) |
Notre verdict d’essai sur la gamme Qinomic QI-TECH
Le rétrofit Qinomic répond à une question simple que se posent de plus en plus de gestionnaires de parc : faut-il vraiment racheter du neuf pour décarboner un fourgon encore sain ? La réponse de Qinomic tient dans une approche pragmatique, réutiliser les organes électriques d’origine constructeur (Renault pour le Trafic, Stellantis pour les Jumpy, Scudo, Vivaro et Expert) et concentrer son savoir-faire sur l’intégration. Le résultat est probant : un agrément électrique retrouvé sur des bases diesel parfois très kilométrées, et un accès facilité aux centres-villes.
Le Trafic, fraîchement homologué, séduit par sa direction précise et son comportement rigoureux, mais son autonomie contenue (52 kWh) et sa recharge limitée à l’AC le cantonnent aux tournées urbaines et périurbaines. Le Jumpy, plus ancien dans la gamme, apparaît comme le produit le plus abouti : meilleure autonomie, charge rapide DC disponible, amortissement plus soigné, et entretien possible dans le réseau Stellantis ou chez Feu Vert, ce dont le Trafic ne bénéficie pas.
Reste la question du prix. À moins de 20 000 euros HT pour le Trafic et 20 à 25 000 euros HT pour le Jumpy après aides, la proposition est cohérente face au neuf. Mais l’avantage tarifaire s’érode dès qu’on empile les packs de rénovation que propose Qinomic (amortisseurs neufs, instrumentation numérique, connectique USB-C, intégration du Grip Control, voire face avant rajeunie). Judicieux pour qui veut un véhicule comme neuf, à surveiller pour qui cherche d’abord l’économie.
Pour qui ? Pour quoi faire ?
Artisans et TPE : pour garder un fourgon déjà aménagé et accéder aux ZFE sans repasser par le neuf. Le Trafic vise les tournées urbaines courtes, le Jumpy un rayon d’action un peu plus large.
Gestionnaires de flotte : pertinent pour décarboner un parc existant à moindre coût, avec un SAV adossé au réseau Stellantis pour les médians du groupe. À cadrer selon les distances quotidiennes réelles.
À éviter pour les gros rouleurs autoroutiers, compte tenu des 110 km/h du Trafic et d’une autonomie volontairement contenue.
| Critère (noté /5) | Renault Trafic | Citroën Jumpy |
|---|---|---|
| Performances et agrément moteur | ★★★☆☆ | ★★★★☆ |
| Autonomie réelle | ★★☆☆☆ | ★★★☆☆ |
| Recharge (vitesse, praticité) | ★★☆☆☆ | ★★★★☆ |
| Comportement routier et direction | ★★★★☆ | ★★★☆☆ |
| Confort et amortissement | ★★☆☆☆ | ★★★★☆ |
| Habitabilité et volume utile | ★★★★☆ | ★★★★☆ |
| Qualité de la conversion | ★★★★☆ | ★★★★☆ |
| Équipements et connectivité | ★★★☆☆ | ★★★☆☆ |
| Garantie et SAV | ★★★☆☆ | ★★★★☆ |
| Rapport prestation / prix | ★★★★☆ | ★★★☆☆ |
Note globale Renault Trafic QI-TECH : 6,5/10
Note globale Citroën Jumpy QI-TECH : 7/10
On a aimé
La logique de réutilisation des organes électriques d’origine constructeur, gage de fiabilité et de SAV.
L’agrément électrique retrouvé sur des bases diesel kilométrées.
La qualité d’intégration de la greffe, quasi invisible sur le Jumpy.
Le contrôle préalable des trains roulants au banc avant tout rétrofit.
Les garanties rassurantes, 8 ans ou 160 000 km sur la batterie, 2 ans sur les composants convertis.
On a moins aimé
L’autonomie limitée du Trafic, qui le réserve aux usages urbains et périurbains.
La recharge rapide DC encore absente sur le Trafic au moment de l’essai.
La commande de boîte rétive au passage de D à R sur le Trafic.
L’amortissement ferme du Trafic, accentué sur un exemplaire très kilométré.
L’addition qui grimpe dès qu’on cumule les packs de rénovation, érodant l’avantage prix.
FAQ
Qu’est-ce que le rétrofit électrique d’un utilitaire ?
C’est la conversion d’un VUL thermique existant en véhicule électrique, en remplaçant moteur, réservoir et certains organes par une chaîne de traction électrique et sa batterie. L’opération est réalisée par un professionnel habilité et donne lieu à une réhomologation.
Quelle autonomie pour le Renault Trafic rétrofité par Qinomic ?
Renault annonce 297 km WLTP pour cette base de 52 kWh. Lors de notre essai, nous avons mesuré 180 à 230 km selon le profil du parcours, ce qui en fait un véhicule taillé pour les usages urbains et périurbains.
Combien coûte une conversion Qinomic ?
Selon Qinomic, comptez moins de 20 000 euros HT pour le Trafic et 20 à 25 000 euros HT pour le Jumpy, après déduction des aides gouvernementales et régionales.
Un utilitaire rétrofité peut-il circuler en ZFE ?
Oui. Une fois converti et réhomologué, le véhicule obtient une vignette Crit’Air 0 qui lui ouvre l’accès aux zones à faibles émissions.
Quelle garantie sur la batterie et les composants ?
La batterie est couverte 8 ans ou 160 000 km. Les composants modifiés par Qinomic, dont la chaîne de traction, sont garantis 2 ans.
Où faire entretenir un utilitaire rétrofité Qinomic ?
Les modèles issus du groupe Stellantis (Jumpy, Scudo, Vivaro, Expert) peuvent être entretenus dans le réseau Stellantis ou chez Feu Vert. Le Renault Trafic ne bénéficie pas de ce réseau dédié.
