Bill Knapp a passé sept ans à redonner vie à un pick-up Ford de 1936 trouvé en piteux état. Pour lui, ce n’était pas un projet ordinaire : sa famille travaille pour Ford depuis trois générations, des chaînes de montage aux concessions. Le résultat trône aujourd’hui dans un garage sur mesure, finition noire brillante, moteur refait.
L’histoire vaut pour l’obstination qu’elle raconte, mais elle ouvre aussi une fenêtre intéressante pour qui s’intéresse aux véhicules de travail. Avant d’être un objet de collection convoité par les amateurs de hot rods, ce pick-up était un outil, héritier direct des premiers camions Ford. C’est ce fil-là que l’on suit ici.
Sept ans pour sauver l’irrécupérable
Le plus dur n’a pas été le moteur, mais les pièces. La plupart des pick-up de 1936 encore debout ont fini transformés en hot rods, avec moteurs greffés, suspensions rabaissées et carrosseries modifiées. Ailes, baguettes, panneaux : l’essentiel avait disparu du marché.
Knapp et son restaurateur Shawn Dixon ont écumé les casses du pays, puis fabriqué eux-mêmes ce qui manquait. Ailes, marchepieds, panneaux de porte, et même une planche de bord prélevée sur une Ford de 1956, recoupée et réadaptée, 25 centimètres plus large que l’originale. La sellerie a été refaite en cuir cousu main. Les ailes ont été élargies au-delà des cotes d’usine pour loger des pneus plus gros, puis raccordées aux marchepieds sur mesure.
Sous le capot, le choix assume sa logique : pas de V8 latéral d’origine remis à neuf, mais un moteur performance fabriqué sur mesure par une entreprise de Géorgie. On est donc face à un restomod, pas à une restauration à l’identique, ce qui n’enlève rien au travail de carrosserie mais change la nature du projet.
Une famille au « sang bleu »
Le père de Bill a commencé à rectifier des vilebrequins dans une usine Ford au début des années 1930 et n’a pris sa retraite que des décennies plus tard. Ses frères, sa sœur, un neveu : presque toute la famille a gravité autour de la marque, et l’un de ses frères dirige toujours une concession Ford en Ontario. Sa sœur Mary résume la chose en plaisantant à moitié sur le « sang bleu » qui coulerait dans leurs veines.
C’est ce qui donne au projet son sens : le pick-up n’est pas seulement un véhicule remis en état, c’est un point de ralliement familial, le genre d’objet autour duquel on se raconte les Ford qu’on a conduites et l’usine où l’on a travaillé.
Du Model TT au pick-up de 1936, la naissance du Ford utilitaire
C’est là que le récit rejoint le sujet de fond. La lignée commence à Détroit en 1903, puis bascule en 1917 quand Ford lance le Model TT, son premier châssis pensé spécifiquement pour le camion. C’est l’ancêtre direct du véhicule de travail Ford, celui qui a motorisé artisans, commerçants et fermes. En 1928, le TT avait dépassé 1,3 million d’exemplaires.
Le pick-up redessiné qui suit, dont le millésime 1936 fait l’objet de cette restauration, est celui qui élargit vraiment l’audience. Calandre à lamelles verticales d’inspiration Art déco, jantes en acier, V8 latéral de 3,6 litres et 85 chevaux : il s’est écoulé à 820 000 exemplaires. Un volume de véhicule populaire, conçu pour travailler, qui explique pourquoi tant d’exemplaires ont fini leur carrière sur les chantiers et dans les champs avant de devenir des pièces de collection.
Ce qu’un tel projet rappelle du pick-up d’aujourd’hui
Quatre-vingt-dix ans plus tard, la filiation tient toujours. Le pick-up reste un outil de travail avant d’être un objet de loisir, et les Ranger ou autres modèles qui sillonnent aujourd’hui les chantiers descendent en droite ligne de cette logique inaugurée par le TT puis le pick-up de 1936 : une cabine, une benne, une mécanique robuste et un prix d’accès raisonnable.
La restauration de Bill Knapp n’a rien d’une opération commerciale, mais elle rappelle une évidence utile pour qui choisit un utilitaire : les marques qui durent sur ce terrain sont celles qui y ont construit une histoire longue. Le reste, l’émotion familiale et les barbecues où l’on parle moteurs, c’est le supplément d’âme qui fait qu’on garde un véhicule sept ans dans un garage plutôt que de l’envoyer à la casse.
FAQ
Quelles sont les caractéristiques du pick-up Ford de 1936 ?
Il se distingue par sa calandre à lamelles verticales d’inspiration Art déco, ses jantes en acier et son moteur V8 latéral de 3,6 litres développant 85 chevaux. Il s’est vendu à environ 820 000 exemplaires.
Qu’est-ce que le Ford Model TT ?
Lancé en 1917, le Model TT est le premier châssis de camion conçu spécifiquement par Ford pour un usage utilitaire. Il avait dépassé 1,3 million d’exemplaires en 1928 et constitue l’ancêtre du pick-up Ford.
Cette restauration est-elle conforme à l’origine ?
Non. Le travail de carrosserie vise la fidélité, mais le véhicule reçoit un moteur performance sur mesure et une planche de bord adaptée d’une Ford de 1956. Il s’agit donc d’un restomod plutôt que d’une restauration à l’identique.
Pourquoi les pièces d’origine sont-elles si difficiles à trouver ?
La plupart des pick-up de 1936 encore existants ont été transformés en hot rods, avec moteurs et carrosseries modifiés. Les pièces d’origine comme les ailes et les baguettes ont largement disparu du marché, obligeant souvent à les refabriquer.
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