Belle exclusivité pour commencer l’année chez MyUtilitaire, avec notre visite des installations Automobiles Dangel en Alsace et l’essai de leur transmission 4×4 électrifiée sur VU, mais aussi le différentiel à glissement limité Trek sur la gamme VUL de Stellantis dans des conditions plus que dantesques !
Tout d’abord, un peu d’histoire
Je vais vous faire une confidence. Mon dernier rendez-vous avec Dangel date de 2003, quand jeune journaliste j’essayais un Peugeot Partner 4×4 by Automobiles Dangel sur le magnifique terrain d’essai du Salon du 4×4 de Val d’Isère. J’étais à l’époque bluffé par les capacités de franchissement du ludospace français.
Il aura donc fallu plus de 20 ans pour que je reprenne à nouveau le volant d’un modèle du petit constructeur français. L’occasion de se replonger dans l’histoire de la marque alsacienne.
Henry Dangel, né en 1935 à Pffetterhouse, débute dans l’automobile en concevant des barquettes de course comme la Mangouste R1300, victorieuse en courses de côte avec Guy Fréquelin en 1970. Dès 1978, il brevète un système de transmission 4×4 débrayable pour la Peugeot 504, convaincu par Peugeot qui lui fournit des breaks pour tests. La société Automobiles Dangel naît en 1980 à Sentheim, produisant ses premiers 504 4×4 (breaks et pick-up), écoulés à 4 310 exemplaires jusqu’en 1985 et prisés par La Poste, EDF et la Gendarmerie.
Ces mêmes 504 Dangel brillent d’ailleurs au Paris-Dakar : en 1982, l’équipage Marty – Cazalot termine l’épreuve à la 49e place. Une performance améliorée en 1983 puisque l’équipage Guarato – Smulevici termine cette fois 39e.
Commercialement, les ventes culminent à 3 575 exemplaires avant le COVID et le chiffre d’affaires grimpe à 26 millions d’€. Après le décès de Henry Dangel en 2006, sa veuve cède l’entreprise à Philippe Hébert (ex-PSA) en 2017 qui permet aujourd’hui à cette entreprise familiale de représenter jusqu’à 50% du marché européen des utilitaires 4×4.
Si le VP a été abandonné par Dangel, la disparition de PSA au profit de Stellantis a permis de développer le nombre de modèles transformés. En plus de Peugeot et de Citroën, l’entreprise alsacienne transforme aussi des Fiat, des Opel/Vauxhall et des Toyota, élargissant d’autant ses marchés potentiels.
Un véritable changement de paradigme
C’est aussi et surtout la nouvelle orientation technologique qui devrait faire passer Dangel dans une nouvelle dimension commerciale comme nous l’explique Philippe Kalb, Responsable Marketing & Communication de la marque.
“Nous avons opéré un changement complet de paradigme. Durant 40 ans, le 4×4 Dangel c’était un système mécanique avec visco-coupleurs et une transmission longitudinale qui faisait varier le couple du train avant au train arrière. Aujourd’hui, nous sommes passés à un train arrière électrique qui nécessite l’installation de batteries. Ce système a le gros avantage d’être beaucoup plus rapide et performant que l’ancien système, tout en restant identique en termes de poids embarqué (NDLR : environ 150 kg)”.

Ce système, breveté et assemblé chez Dangel s’adapte à toutes les carrosseries de VUL, du modèle compact au modèle à empattement long et s’avère aussi bien compatible avec des mécaniques thermiques que des mécaniques électriques.
Une seule chaîne d’assemblage est d’ailleurs disponible sur le site de Sentheim. “On essaie de faire des séries d’un même modèle parce que ça évite de trop perturber nos opérateurs. On essaie aussi de mixer les électriques et les thermiques dans la mesure du possible. Techniquement, la chaîne est capable d’assembler jusqu’à 26 véhicules par jour et au maximum 4 500 par an. Aujourd’hui, nous sommes davantage sur un rythme de 8 par jour” précise Philippe Kalb.



Deux technologies pour des usages différents
Pourtant, ce n’est pas au volant d’un exemplaire à transmission intégrale que je vais débuter ma journée d’essai à Sentheim, mais plutôt d’une version deux roues motrices – très améliorée – baptisée Trek. Si les productions Stellantis disposent en option du grip control, qui est un système d’antipatinage qui optimise la motricité sur des terrains boueux ou neigeux, il cantonne les VUL à une utilisation tous-chemins. La grande différence avec le Trek développé par Dangel réside dans l’intégration d’un différentiel avant à glissement limité qui permet de transférer une partie du couple moteur sur la roue qui adhère le moins. Ce n’est pas tout, puisque le constructeur alsacien l’associe à une réhausse du véhicule et à une protection du carter, ainsi que d’autres éléments exposés situés sous le châssis. Pour tester cette version Trek, je me suis rendu sur la piste d’essai qui jouxte l’usine et qui propose un parcours tout-terrain assez exigeant avec croisements de ponts et passages boueux.
Et force est de constater que ce système Trek surprend par son efficacité. Sur la version Diesel 130 ch à boîte mécanique équipée de ses pneus 4 saisons de série, j’ai franchi des obstacles jusque-là inatteignables pour un simple VUL traction. Malgré une pluie diluvienne et un sol herbeux très glissant, ma Peugeot Partner a réalisé de belles prouesses, bien aidée aussi par les 300 Nm de couple de son 1.5 BlueHDi. Dans les mêmes conditions, la version électrique s’en est sortie avec les honneurs, mais son couple plus réduit (260 Nm) bien que disponible instantanément ne lui a pas permis de réaliser les mêmes exploits.



Avec son surcoût à partir de 2 995 € HT par rapport à la version de série, le Trek by Dangel offre un excellent compromis pour 80% des professionnels qui évoluent dans des conditions de circulation difficiles, voire très difficiles.
Si vous tenez une auberge à 2 000 m d’altitude, c’est en revanche la version 4WD by Dangel qu’il vous faut. Cette technologie est le fruit d’un long travail de recherche-développement et vise à donner aux utilitaires Dangel, une polyvalence sur les terrains les plus accidentés, que seuls les véritables 4×4 à l’instar des Jeep Wrangler, Land Rover Defender ou Ineos Grenadier, peuvent encore offrir. Mais sur le marché du véhicule utilitaire, la concurrence directe n’existe pas.
Cette fois-ci au volant d’un Opel Combo Cargo 4WD, me voici à l’attaque d’un chemin forestier d’altitude. Et croyez-en mon expérience, ce parcours semé d’ornières et de pierres cassantes est rare sur un essai presse en raison de sa difficulté. Si le Dangel 4WD évolue en temps normal en deux roues motrices, il passe en quatre roues dès que le besoin d’adhérence se fait ressentir. On trouve ici une molette qui inclut un mode AUTO qui répond à 90% des besoins en gérant automatiquement la transmission, mais en cas de difficulté supplémentaire, on peut actionner le mode LOW qui amplifie le couple sur les roues arrière.

Presque au bout du chemin
Les premiers mètres sont une succession de très gros trous où, grâce à sa garde au sol supérieure, le Dangel 4WD évolue tranquillement sans sourciller. C’était sans compter sur la météo en cette fin de mois de janvier, qui vire à la tempête de neige. Le chemin, déjà technique, voit l’adhérence de la route chuter considérablement. Et là encore, rien ne fait peur à mon VU 4×4 qui franchit une à une les étapes. Ce n’est qu’en arrivant presque au sommet, que les choses se gâtent. Les importantes chutes de neige fraîche dépassent cette fois-ci les capacités de la garde au sol et me convainquent, par sécurité, de faire demi-tour. La descente, grâce notamment au contrôle de descente en pente électronique, est presque une formalité.

A l’exception d’un 4×4 “pur et dur” doté d’une très importante garde au sol, le Dangel 4WD est un utilitaire redoutable d’efficacité. J’ai pu le confronter à des chemins très techniques où sa qualité de sa conception et sa facilité de conduite m’ont convaincu du bien fondé de cette transmission pour aider les professionnels évoluant dans des régions très reculées à la météo capricieuse.

Alimentée par une batterie électrique, cette technologie s’auto alimente dès que l’on roule sur une route classique et permet au train arrière de fonctionner sans risquer de tomber à court de “jus”, même sur de longues distances hors des sentiers battus.
Reste à s’affranchir de son prix. Il faut ici compter 9 250 € HT de supplément par rapport à la version de série, ce qui risque de dissuader pas mal de TPE/PME qui pourront s’orienter vers la version Trek déjà très efficace.
Le réchauffement climatique et les caprices de la météo qui en découlent rappellent à quel point la sécurité est essentielle quand on prend la route. Outre les bonnes règles de conduite à appliquer (un bon stage sur neige par exemple), s’équiper de véhicules adaptés à son usage est indispensable. Peu connue du grand public, Dangel est pourtant une entreprise “familiale” qui dure et qui réalise de belles prouesses avec des utilitaires Stellantis. Et comme le rappelle un dicton bien connu : “l’essayer, c’est l’adopter”.
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